Quels facteurs régissent les déplacements du courant du Labrador?

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Des vents forts déplacent les eaux du courant du Labrador vers l’est, donnant lieu à de graves conséquences pour les écosystèmes marins.

Le long de la côte de Terre-Neuve-et-Labrador et de la Nouvelle-Écosse, on constate des changements préoccupants : des changements dans le courant du Labrador entraînent des hausses de température soudaines et des chutes de la teneur en oxygène des eaux dans plusieurs zones marines, notamment le golfe et l’estuaire du Saint-Laurent. Ces changements ont de graves conséquences sur les écosystèmes marins et sur la pêche. Afin d’en mieux prédire les conséquences, les membres d’une équipe de recherche de l’Université McGill ont tenté de répondre à la question suivante : quels facteurs régissent les déplacements du courant du Labrador?

Une source d’approvisionnement continue d’eau froide et riche en oxygène

Le courant du Labrador est un courant d’eau froide situé dans l’Atlantique Nord qui s’écoule vers le sud le long de la côte de Terre-Neuve-et-Labrador. Une branche de ce courant continue le long de la côte est de la Nouvelle-Écosse et une autre se déplace vers l’est, en direction de l’Europe. Ce courant d’eau froide rejoint alors les eaux chaudes du Gulf Stream, lequel s’écoule du golfe du Mexique et se jette dans l’océan Atlantique. Le courant du Labrador, qui prend sa source dans l’océan Arctique, transporte des masses d’eau froide vers le sud, produisant un effet de refroidissement sur les provinces atlantiques du Canada et sur la côte du nord-est des États-Unis, du Maine au Massachusetts.

La vie marine souffre du changement de trajectoire du courant du Labrador

Toutefois, depuis 2008, on observe une diminution des eaux du courant du Labrador atteignant les provinces de l’Atlantique et la côte du nord-est des États-Unis. « On se retrouve avec moins d’oxygène dissous dans l’eau, ce qui veut dire que les espèces doivent dépenser plus d’énergie pour respirer, leur laissant moins d’énergie pour se nourrir ou subsister. La croissance des espèces comme la morue ou le flétan ralentit à mesure que la teneur en oxygène diminue », explique Mathilde Jutras, doctorante au Département des sciences de la Terre et des planètes de l’Université McGill. « Cela entraîne aussi la migration des êtres vivants, puisqu-ils essaient généralement d’éviter les zones hypoxiques, soit les zones où la teneur en oxygène est moindre. »

« Nous souhaitons comprendre pourquoi le courant du Labrador se déplace parfois vers l’est pour se jeter dans les mers subpolaires de l’Atlantique Nord, et d’autres fois vers l’ouest pour s’écouler le long du plateau continental qui s’étend de la côte est des États-Unis jusqu’à la Nouvelle-Écosse », dit Mathilde Jutras, océanographe. « Quand le courant du Labrador va vers l’est, on obtient des vagues de chaleur tout au long du plateau continental des États-Unis et de la désoxygénation dans l’estuaire du Saint-Laurent. »

Le vent : un facteur majeur du déplacement du courant du Labrador vers l’est

Pour trouver des réponses, les scientifiques ont utilisé un algorithme permettant de suivre l’écoulement et les trajectoires de particules d’eau dans un modèle de simulation de l’océan en trois dimensions. Ils en ont déduit que le sort des eaux du courant du Labrador dépend d’une combinaison complexe de facteurs.

D’après les scientifiques, les vents soufflant sur la côte du Labrador semblent jouer un rôle, en déviant le courant du Labrador vers l’est. Le courant est aussi dévié plus fortement lorsque le Gulf Stream qui s’écoule du golfe du Mexique se rapproche du littoral, comme ce fut le cas au cours des dernières années. Cela se produit lorsque le courant du Labrador se rétracte, ce qui facilite le déplacement du Gulf Stream vers le nord. Ce déplacement semble aussi être causé, en partie, par les vents.

Carte des courants présents dans l’ouest de l’Atlantique Nord. Image : Mathilde Jutras

« Il est crucial de prédire où l’eau s’en va, puisque cela a une incidence considérable sur la vie marine et sur les propriétés de l’eau dans les régions concernées », dit Mathilde Jutras. « Le déplacement du Gulf Stream vers le nord, par exemple, a conduit à la migration de baleines noires dans la même direction, notamment dans le golfe du Saint-Laurent, donnant lieu à davantage de collisions avec des navires. Ces baleines suivent les eaux chaudes du Gulf Stream », ajoute-t-elle.

Dorénavant, l’équipe de recherche compte étudier les types de changements auxquels on peut s’attendre dans le contexte des changements climatiques. Elle compte aussi prédire si le déplacement marqué du courant du Labrador vers l’est se poursuivra.

L’étude

L’article « Large-scale control of the retroflection of the Labrador Current » par Mathilde Jutras, Carolina Dufour, Alfonso Mucci, et Lauryn Talbot a été publié dans la revue Nature Communications.

Son adhésion au développement durable ne date pas d’hier : il remonte à des dizaines d’années et se déploie à l’échelle tant locale que planétaire. Comme en témoignent les énoncés de durabilité qu’elle a signés, l’Université souhaite contribuer à façonner un avenir où l’être humain pourra s’épanouir dans le respect de la planète.