Décrypter l'émotion suscitée par l'art grâce à l'intelligence artificielle

Une participante de l’étude note ses émotions devant l’oeuvre Kanaka
Une participante de l’étude note ses émotions devant l’oeuvre Kanaka (1962) de Marcelle Ferron.  - PHOTO COURTOISIE, MNBAQ/ DENIS LEGENDRE
Un outil développé par des chercheurs de l’Université Laval permettrait de réinventer l’expérience muséale

L’art suscite bien souvent une réaction émotive. Il est toutefois difficile de l’anticiper et de la planifier dans la préparation d’expériences muséales... du moins, jusqu’à présent!

Dans le cadre d’un projet de recherche intégrant l’intelligence artificielle (IA), le Laboratoire Co-DOT de l’Université Laval s’allie avec le Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ) et l’entreprise de technologies immersives OVA pour développer un outil de recommandation et de simulation de parcours et d’expériences artistiques ancrés dans l’émotion.

Explorer les réponses émotionnelles

Pour y arriver, il a d’abord fallu comprendre la relation entre l’art et les émotions. En 2022, Sébastien Tremblay, professeur à la Faculté des sciences sociales de l’Université Laval et directeur du Laboratoire Co-DOT, a chapeauté un projet de recherche pour explorer les réponses émotionnelles suscitées par les oeuvres d’art. Une centaine de volontaires avaient parcouru les salles d’expositions du MNBAQ, munis d’équipement pouvant enregistrer leurs émotions.

«Nous avons à la fois demandé aux participants d’identifier leurs émotions par le biais de mesures autorapportées et mesuré les réactions physiologiques exprimées au contact des oeuvres et pouvant être liés au spectre de l’émotion, comme le mouvement des yeux, la fréquence cardiaque ou encore l’inflexion de la voix», explique le directeur du Laboratoire Co-DOT.

Des recommandations aux conservateurs

Les données recueillies dans le cadre de cette première initiative, explique-t-il, permettront d’alimenter le développement de modèles d’intelligence artificielle qui seront en mesure de prédire la réponse émotionnelle suscitée par les oeuvres d’art.

«Au fil d’arrivée, nous allons avoir mis au point un outil qui sera en mesure de recommander au conservateur ou à la conservatrice un ensemble d’oeuvres d’art suscitant l’émotion souhaitée chez la personne observatrice, autant que de lui permettre de visualiser en amont divers scénarios de parcours dans un environnement en réalité virtuelle», souligne le professeur Tremblay.

«Cette nouvelle collaboration avec l’équipe de Co-DOT permettra de rendre disponibles de nouveaux outils à nos équipes de conception, outils qui rendront possible de nouvelles approches d’élaboration des expériences que nous proposons à nos visiteurs», indique Annie Bérubé, cheffe du Service de médiation au MNBAQ. Pour elle, cette collaboration s’inscrit dans la foulée d’une décennie d’innovations dont l’expérience muséale a tiré profit.

Une initiative multidisciplinaire

Sébastien Tremblay a rassemblé autour du projet une équipe multidisciplinaire - avec la participation de Audrey Durand et des professeurs Jean-François Lalonde et Denis Laurendeau de la Faculté des sciences et de génie, de Philip Jackson de la Faculté des sciences sociales, ainsi que la contribution d’experts de l’entreprise OVA pour la phase initiale.

«Notre objectif est de mettre à profit tant les technologies que les savoirs experts de l’IA, de la vision artificielle, de la réalité virtuelle, de la muséologie et de la psychologie cognitive», explique le professeur Tremblay.

D’une durée de trois ans, le projet est financé à la hauteur de 365 220$ par le programme Alliance du Conseil national de recherche en sciences et génie du Canada (CRSNG) et par l’organisme Prompt.