
Le professeur Claude Lavoie et ses collaborateurs brossent un portrait nuancé de 26 animaux pour guider les décisions et améliorer la cohabitation
Des cerfs de Virginie aux moules zébrés, en passant par l’agrile du frêne, le Québec abrite de nombreuses espèces envahissantes ou surabondantes. Claude Lavoie, professeur à l’École supérieure d’aménagement du territoire et de développement régional, fait un tour d’horizon de 26 animaux dans son nouvel ouvrage Animaux envahissants ou surabondants... Le défi de la cohabitation, lancé par Les Publications du Québec. À travers ce livre, l’auteur souhaite fournir des informations factuelles et nuancées pour «donner l’heure juste sur ces envahisseurs».
Comme Claude Lavoie est spécialiste des plantes, il a fait appel à cinq rédacteurs adjoints, dont Steeve Côté, professeur au Département de biologie. Tous sont experts dans un groupe animal, soit les invertébrés aquatiques, les invertébrés terrestres, les oiseaux, les poissons et les mammifères. Ils ont contribué aux choix des espèces et offert un regard critique. «Je me suis entouré d’une équipe éditoriale solide qui m’a accompagné dans cette aventure», ajoute Claude Lavoie.
Des perceptions entre mythe et réalité
L’histoire occupe une grande place dans l’ouvrage, notamment pour montrer comment les perceptions des espèces ont évolué. Une bonne part de ces informations vient de milliers d’articles de journaux, comme le New York Times, épluchés par la professionnelle de recherche Elisabeth Groeneveld. «C’est difficile à concevoir aujourd’hui, mais les goélands ont déjà frôlé l’extinction à la fin du 19e siècle, car leurs ailes étaient utilisées pour orner les chapeaux des dames, raconte le professeur Lavoie. C’est du moins ce que nous avons découvert dans les journaux.»
Certaines espèces envahissantes ou surabondantes abordées dans l’ouvrage jouissent d’une mauvaise réputation qui n’est pas toujours fondée. C’est le cas du dindon sauvage, qui est perçu comme un vecteur de maladies pour les dindons domestiques ou comme ravageurs dans les champs. En réalité, il ne transporte pas de maladies et il ne mange que des insectes pendant la saison chaude, pas les pousses. «Quand je parle de différentes espèces, je suis toujours étonné de voir que certaines perceptions, qui peuvent remonter à plusieurs décennies, sont encore présentes dans les esprits alors que, dans les faits, les analyses ne supportent pas ces craintes», indique l’auteur.
Vers une gestion plus nuancée des espèces envahissantes
Ces informations vont permettre de prendre des décisions éclairées pour ces espèces envahissantes et abondantes. «Quelques scientifiques soutiennent que les invasions biologiques sont une tempête dans un verre d’eau et d’autres les voient comme des catastrophes. Je me situe entre les deux. Parfois, il faut lutter, mais souvent, il faut apprendre à vivre avec et réduire les impacts les plus indésirables.»
Le professeur prévient toutefois que son ouvrage n’est pas un «livre de recettes», mais plutôt un outil d’aide à la décision pour «relativiser les problèmes» et cibler des espèces plus problématiques que d’autres. Il donne l’exemple de l’écrevisse à taches rouges, dont les répercussions sont limitées, par rapport au cladocère épineux, un petit crustacé envahissant qui modifie profondément les écosystèmes. Le livre permettra donc d’orienter des actions, qu’elles soient au niveau fédéral, provincial ou municipal. Selon l’auteur, l’ouvrage servira aussi au grand public, qui peut influencer certaines décisions d’intervention.
Le chercheur rappelle toutefois que certaines problématiques sont exacerbées par nos propres comportements. «Il y a des espèces à problème, il ne faut pas le nier, mais parfois nous sommes un peu responsables», souligne-t-il. Il cite les cerfs de Virginie et les bernaches, souvent nourris volontairement par la population. «Une fois qu’ils sont installés en ville, ils prennent leurs aises.» Quant aux coyotes, même s’ils ne sont pas nourris directement, ils profitent des déchets humains.
Il espère que son livre engendre une prise de conscience sur ces espèces avec lesquelles nous cohabitons et sur leurs véritables effets, en plus de favoriser une certaine tolérance. «Il ne s’agit pas seulement de tolérer leur présence, mais aussi d’accepter un partage de ressources.» Il compare les cerfs de Virginie, qui mangent du maïs dans les champs, aux oies blanches qui broutent au printemps. «Les producteurs agricoles reçoivent des compensations financières pour les pertes causées par les oies, car l’État a décidé que cette espèce était une ressource pour la chasse et le tourisme», indique Claude Lavoie. Ce type d’approche pourrait être considéré pour d’autres espèces.


